[livre] Boski, préface: pourquoi la relaxation? pourquoi active? pourquoi à l'école? Une réponse à un problème de société
La citation de Roger Vittoz (en haut à gauche) est intéressante à plusieurs titres.
De façon littérale, d'abord, parce qu'il est vrai que nous communiquons notre état d'être. De la même façon les enfants communiquent la leur au professeur et le professeur la sienne aux enfants et cela explique beaucoup d'aléas en général et en classe en particulier.
Cette citation est intéressante au deuxième degré aussi. Quand on est sûr de soi, qu'on a trouvé sa place dans le monde, on est moins susceptible de subir ce genre de pression de l'entourage. Quand, au contraire, l'on n'est pas au clair avec ses propres limites, projets, envies, avec son identité en somme, il devient très difficile de s'abstraire du contexte émotionnel environnant et de ne pas se laisser polluer par lui.
C'est une sorte de repère. Quand j'arrive à bien vivre quels que soient les gens qui m'entourent, je sais que j'ai confiance en moi et que je poursuis sereinement ma route.
Les deux citations de cette première image sont intéressantes à mes yeux parce qu'elles impliquent toutes les deux le corps, que l'on a tendance à reléguer et à refuser d'habiter, en particulier en ce début de XXIe siècle.
On oublie le corps et les oreilles en ayant en permanence un fond sonore, plus ou moins musical ou bruyant.
On oublie les yeux et la tête en les plongeant en permanence dans des écrans (maintenant il y en a aussi dans la rue, dans les bus, les trains, le quotidien devient passage d'un écran à un autre).
En s'imbibant d'alcool, de drogue (la vapoteuse à la violette a rendu dépendants les derniers non-fumeurs qui deviennent fiers de dire qu'il «faut bien mourir de quelque chose»).
On oublie le corps aussi en ayant en permanence de la lumière (pollution lumineuse), même la nuit (quitte à dérégler la nature, dont nous faisons partie) et en ne faisant plus d'exercice.Nous subissons en permanence.
Notre attitude morbide nous mène à ne plus être capables de respirer, boire ni manger «normalement» et à être en permanence malades de quelque chose, physiquement ou mentalement.
Si nous étions dans une civilisation chamanique, nous serions considérés comme étant sortis hors de notre corps et ayant besoin d'y retourner pour recommencer à vivre.
La seconde citation, de Maurice Martenot (initiateur de la relaxation active ou «kinésophie», sagesse par le mouvement) est essentielle pour moi parce qu'elle rappelle que sans l'action, sans le corps, les mots sont inutiles, vides et stériles. Le seul moyen d'évoluer, c'est de s'habiter et de faire, d'agir, de vivre les choses.On ne subit plus, on devient acteur, créateur de son quotidien.
On expérimente et on se sent différent, sans pouvoir expliquer pourquoi.
Quand on se sent différent juste par les mots, on peut argumenter, on sait comment on a changé. Avec le corps, cela reste mystérieux et magique. Et ça change la vie. Ça change même ce que l'on pensait inchangeable et l'impossible devient possible puis magie au quotidien.
Les trois images suivantes sont les mots de préface écrits par Lucien Brunelle, directeur d'école normale en 1988, qui présente le point de vue d'un professeur et explique l'avantage certain que l'école a à s'approprier (entre autres) la relaxation active.
Ce livre est sorti il y a dix ans et aujourd'hui plus que jamais, ces lignes ont une réalité criante.
Les professeurs se retrouvent face à des classes de plus en plus dissipées, avec des enfants de plus en plus mal dans leur peau, avec de plus en plus de difficultés cognitives et affectives induites en particulier par l'usage excessif des nouveaux médias et la réduction du temps d'exercice qui leur est pourtant indispensable.
En France (contrairement à d'autres pays de l'Union Européenne), on n'a pas à l'école d'éducation émotionnelle et sociale.
On a un peu de «morale» au pire, «d'éducation civique» au mieux, mais les deux vocables, vieillis, ne recouvrent plus vraiment de sens menant à une implication des acteurs éducatifs ni des enfants.
On finit par remplacer cela par de l'éducation au code de la route et aux premiers secours (ce qui est intéressant mais qui ne remplace pas cette nécessaire éducation du futur adulte à sa place dans la société).
Le flou artistique entourant les règles d'école et la jungle de la cour de récréation n'est supporté par rien dans les programmes de l'Éducation Nationale et de plus en plus d'enfants souffrent à l'école, de plus en plus d'enseignants aussi, pendant la classe comme lors des temps informels.
La relaxation active, qui permet la découverte de soi, la détente et la verbalisation, l'échange avec l'autre au quotidien d'une façon personnelle et respectueuse, tout en augmentant le vocabulaire et la capacité de concentration des enfants de façon durable et forte est un palliatif agréable et efficace à cette situation qui se rapproche de la limite de l'ingérable.
Il est (évidemment? mais on a trop souvent tendance à l'oublier) recommandé de maîtriser soi-même le contenu de ce que l'on enseigne et donc d'être un enseignant relaxé, maîtrisant les exercices proposés dans leur exécution autant que dans la connaissance du bien-être qu'ils apportent dans la pratique quotidienne à long terme.
Ce qui a pour double avantage d'être soi-même relaxé (donc disponible) et d'inviter de façon convaincante les enfants à participer à l'activité.
Professeurs, Parents, travaillez à votre bien-être pour réussir votre année et celle des enfants dont vous avez la charge avec la relaxation active!
Une des réponses possibles à la crise identitaire et relationnelle actuelle qui, en plus d'être non violente, est très agréable à mettre en place et ne prend que peu de temps chaque jour, tout en ayant de nombreux bénéfices. Qui essaie? Moi!